CARTHAGE


CARTHAGE
CARTHAGE

Fondée par les Phéniciens au IXe siècle avant Jésus-Christ selon les uns, au VIIIe selon les autres, Carthage tira longtemps sa prospérité de ses relations commerciales avec les divers peuples de l’Afrique septentrionale et de la Méditerranée occidentale.

Ses tentatives d’expansion territoriale en Sicile devaient l’entraîner dans de graves conflits, avec les Grecs d’abord, de 480 à 264 avant J.-C., puis avec les Romains, de 264 à 146 avant J.-C. Ces luttes devaient prendre fin avec la destruction complète de la ville et avec l’annexion de son territoire à l’ager publicus de Rome. L’établissement d’une colonie romaine sur le site de Carthage fut l’objet des revendications du parti populaire. La victoire de César allait aboutir à la reconstruction de la ville, en 44 avant J.-C. Carthage redevient, sous Auguste, la cité la plus prospère d’Afrique; elle rivalise bientôt avec Rome par la splendeur de ses monuments. Cette prospérité cependant ne devait pas survivre aux troubles sociaux et religieux qui marquèrent, au IVe siècle après J.-C., l’histoire de l’Afrique romaine. Pillée par les Vandales en 440 et reconstruite par Justinien, Carthage sera finalement anéantie par les Arabes en 698.
E.U.

1. Kart Hadasht, la «Ville neuve»

Carthage est située au fond du golfe de Tunis, sur une presqu’île baignée à l’est par la mer, au sud par le lac de Tunis, au nord par la sebkha el-Riana qui formait jadis le fond du golfe d’Utique avant qu’il ne soit comblé par les alluvions de la Medjerda. Des collines disposées en arc de cercle dominent la ville à l’ouest; sur la plus méridionale se dressait la citadelle de Byrsa, les autres abritaient des nécropoles. Au-delà, vers Sidi bou Saïd et La Marsa, s’étendait une banlieue nommée Megara.

Les origines de la cité

Selon une tradition transmise par Timée et reprise par Justin, Carthage aurait été fondée vers 814 avant J.-C. par Elissa ou Didon, sœur du roi de Tyr, Pygmalion, accompagnée de notables tyriens fuyant leur patrie et de Chypriotes. L’historien juif Josèphe, citant Ménandre, Grec d’Asie qui avait consulté les Archives royales de Tyr, rapporte l’événement à Elissa et le situe entre 825 et 819. Mais il est impossible de démontrer que ces deux récits sont indépendants l’un de l’autre, aussi leur valeur probante demeure-t-elle incertaine. Le monument phénicien le plus ancien trouvé à Carthage est une chapelle votive sise au tophet de Salammbô; on peut la dater, par la céramique grecque placée dans un dépôt de fondation et accompagnant les offrandes sacrificielles, aux environs de 725 avant J.-C. Les tombes puniques connues ne sont pas antérieures à la fin de ce siècle. Aussi, plusieurs savants (notamment Rhys Carpenter) rejettent la tradition littéraire et s’appuient sur ces documents archéologiques pour dater la fondation de la cité du milieu du VIIIe siècle. Des sondages profonds réalisés dans la plaine littorale située au pied de Byrsa permettent de démontrer l’existence d’un habitat archaïque datant de la première moitié du VIIIe siècle avant J.-C.

Nous ne savons pratiquement rien de la Carthage des VIIIe et VIIe siècles avant J.-C., si ce n’est qu’elle vivait de cabotage, importait tous les produits fabriqués et avait pour dieu tutélaire Baal Hammon, le El phénicien, assimilé plus tard à Kronos et à Saturne. C’est à lui qu’étaient voués les enfants qu’on brûlait vifs en sacrifice (molek ), pour assurer vie et prospérité à la cité, en son tophet de Salammbô. Un siècle et demi après la fondation de la ville, les Carthaginois s’installent à Ibiza (Baléares). Dès le milieu du VIe siècle, la ville est gouvernée par des rois appartenant à la famille des Magonides. Alliée aux Étrusques, elle domine la Sicile du Sud-Ouest, prend pied en Sardaigne, repousse les Phocéens de Corse à Alalia, secourt Gadir (Cadix) assiégée par les Ibères, chasse Dôrieus et ses colons spartiates de Tripolitaine. Dans les dernières années du siècle, les lamelles d’or de Pyrgi attestent son entente avec Caere, et le premier traité d’alliance avec Rome est conclu. La richesse du mobilier funéraire témoigne de sa prospérité et de l’activité du commerce avec l’Égypte, la Grèce et l’Étrurie.

Les guerres contre les Grecs

En 480, Carthage, battue à Himère par Gelon, tyran de Syracuse, évacue la Sicile à l’exception de Motye, tandis que la flotte perse, en grande partie formée de contingents phéniciens, est écrasée à Salamine. Les rois Magonides se replient sur l’Afrique et mettent leur territoire en valeur. Le roi Hannon dirige deux expéditions maritimes de prospection, l’une vers l’Afrique tropicale, l’autre vers la Grande-Bretagne, afin de trouver les ressources minières nécessaires au développement de l’industrie lourde naissante.

À la fin du Ve siècle, la guerre éclate de nouveau en Sicile contre les Grecs; les Carthaginois s’emparent de Sélinonte, Agrigente et Gela, mais Denys de Syracuse regroupe les Hellènes et le roi Himilcon échoue devant Syracuse. Les Magonides, attaqués par les aristocrates, propriétaires fonciers qui souhaitent la paix, voient leur pouvoir décroître. Une révolution religieuse porte alors Tanit Pene Baal au sommet du panthéon punique, à la place de son parèdre Baal Hammon qui est relégué au second rang; et, au tophet, des stèles d’inspiration grecque ornées de symboles, dits «signes de la bouteille et de Tanit», remplacent peu à peu les anciens cippes votifs dédiés à Baal Hammon, en forme de trônes et de chapelles égyptisantes. Le culte grec de Déméter est introduit en 396. Vers 380, la noblesse se débarrasse définitivement des Magonides et institue le tribunal des Cent-Quatre qui surveille étroitement les généraux, substitués aux rois à la tête des armées. Le pouvoir réel est aux mains de comités secrets peu nombreux qui se recrutent par cooptation. Vers 360, Hannon le Grand, chef du parti «nationaliste», essaie vainement de renverser le régime oligarchique.

La lutte contre les Grecs de Sicile devient moins âpre après la mort de Denys Ier (367). La diplomatie carthaginoise suit de près l’évolution de la situation en Italie péninsulaire; en 348, la vieille alliance avec Rome est renouvelée; cette dernière en profite pour subjuguer la Campanie et le Latium. Carthage incite ses alliés étrusques à conserver la neutralité pendant les guerres samnites; elle finira par sacrifier l’alliance tyrrhénienne à l’alliance romaine. Cependant, les Grecs reprennent l’offensive en Sicile avec Timoléon, qui inflige une grave défaite à l’armée punique au Crimisos (339), et surtout avec Agathocle, qui prend le pouvoir à Syracuse en 312 et débarque en Afrique en 310. L’invasion provoque des troubles religieux et politiques graves à Carthage, et le roi Bomilcar tente vainement, une nouvelle fois, de renverser le pouvoir oligarchique (307). L’échec d’Agathocle et de Bomilcar permet au régime oligarchique d’atteindre son apogée, qui durera près d’un demi-siècle (307-263). Inquiétée un moment par l’impérialisme macédonien (Alexandre prend Tyr en 332), Carthage conclut une entente économique profitable avec la dynastie lagide qui domine l’Égypte, la Palestine et la Phénicie. Elle accueille largement les influences grecques venues de Sicile, d’Italie méridionale et d’Égypte. Aristote, qui étudie sa constitution vers 330, la compare à celles des cités grecques qu’il considère comme les mieux gouvernées. Dominant économiquement la Méditerranée occidentale et entretenant de bonnes relations avec l’Orient, l’État punique jouit d’une grande prospérité.

Les guerres contre Rome

Cette situation est gravement ébranlée par la première guerre avec Rome (264-241). Carthage et Rome s’étaient encore entendues pour éliminer Pyrrhos d’Épire qui tentait de relever l’hellénisme occidental (278-276). Mais Rome fut entraînée par ses associés campaniens à prendre pied en Sicile. Le gouvernement punique ne sut ni voir venir le péril, ni le conjurer à temps. Dès les premières années de la guerre, il perdit la province sicilienne, à l’exception de quelques places fortes, et subit même de graves défaites navales (Myles en 260). En 256, Regulus renouvela la tentative d’invasion d’Agathocle. Il échoua; mais la guerre, en se prolongeant, ruina l’économie de Carthage qui dut accepter la paix en 241.

Cet échec provoqua la chute du régime oligarchique. Une révolte sociale menée par les mercenaires menace l’existence même de Carthage. Elle est maîtrisée par Amilcar Barca, général qui s’était illustré en Sicile et qui mit fin au régime aristocratique. Carthage sera désormais gouvernée par deux suffètes, élus annuellement par l’Assemblée populaire devenue souveraine. Au lieu d’établir sa dictature en Afrique, Amilcar préfère fonder en Espagne un État théoriquement soumis à Carthage, mais dont il est le maître et où il trouve les ressources nécessaires à la revanche contre Rome. Après sa mort et le règne de son gendre Asdrubal, ses projets sont réalisés par son fils Hannibal. Celui-ci projette de séparer de Rome ses alliés de Campanie et d’Italie méridionale, en ébranlant la Confédération italique avec l’aide des Celtes. Il est tout près du succès après la victoire de Cannes (216) qui entraîne la défection de Capoue, Tarente et Syracuse. Mais, isolé par la défaite de son beau-frère Asdrubal vaincu et tué à la bataille du Métaure, affaibli par les défections des Campaniens et des Apuliens, il ne peut assiéger Rome. Une armée romaine conduite par Scipion s’empare des possessions espagnoles de Carthage, passe en Afrique, et Hannibal, contraint de quitter l’Italie, est écrasé à Zama en 202. La paix est signée, la puissance de Carthage détruite à jamais. La troisième guerre punique éclate en 148 et, en 146, Scipion Émilien rase Carthage.

Les ruines de Kart Hadasht

La ville de la période hellénistique était, d’après Tite-Live, entourée d’une enceinte fortifiée de 34 kilomètres de longueur. Il n’en reste que des blocs épars le long du front de mer et un fossé appartenant aux défenses extérieures qui barraient l’isthme à hauteur de Chott Bahira. Les deux lagunes qui s’étendent aujourd’hui parallèlement au rivage entre Douar ech Chott et Le Kram sont sans doute les vestiges des ports intérieurs ceints de portiques ioniques décrits par Appien. Le bassin rectangulaire qui débouche dans la baie du Kram occuperait l’emplacement du port de commerce, et le bassin circulaire entourant un îlot, celui du Cothôn ou port de guerre, au centre duquel se dressait le palais de l’Amirauté. Au tophet de Salammbô, seul le niveau antérieur au IIIe siècle a subsisté; il est formé de tertres truffés d’urnes contenant les cendres des enfants offerts en sacrifice et surmontés d’ex-voto, en forme de pilier funéraire ou de stèles à fronton triangulaire souvent flanqué de deux acrotères, ornées des emblèmes divins encadrés d’un décor floral ou architectural hellénisant. La couche supérieure a été bouleversée par les Romains, et les stèles arrachées de leur tertre, brisées, dispersées. Une chapelle de faubourg, détruite par l’incendie de 146, a été découverte sous la gare actuelle de Salammbô. Elle était décorée de colonnes en trompe l’œil alors fort à la mode et abritait des statues de divinités en terre cuite, alignées sur une banquette. Les socles et les montants des trônes de ces simulacres étaient ornés de plaques de terre cuite estampées, représentant des sphinx et des Victoires tropéophores émergeant de buissons d’acanthe, de style alexandrin. Des plaques de terre cuite analogues ont été aussi exhumées dans un sanctuaire domestique attenant à une villa située à Amilcar et dans la favissa où se trouvaient entassés des brûle-parfum et des bustes de Déméter provenant du temple de cette déesse sans doute. Sur les premières, on voit des Victoires ailées, un masque de Gorgone, Scylla et une procession dionysiaque, sur les autres une naissance d’Aphrodite et des Amours ailés. Sur la colline de Byrsa, les restes de maisons puniques détruites lors du siège de 146, des fragments de frises ou de corniches de céramique rehaussées de couleurs vives, des colonnettes tapissées de stuc laissent à penser que ces riches demeures ne différaient guère de celles des autres cités méditerranéennes de l’époque, si ce n’est par un goût assez prononcé pour les décors égyptisants. Les cimetières de la fin du IVe siècle et du IIIe ont livré de magnifiques sarcophages en marbre. Les uns portent sur leur couvercle l’effigie d’un homme barbu, la tête posée sur un coussin selon la mode étrusque, et tenant une lampe ou une cassolette; le plus remarquable est orné d’un simulacre de Tanit, coiffée de la dépouille de l’épervier et drapée dans les ailes repliées de l’oiseau; certains ont la forme d’un temple grec, au toit à double pente; les frontons sont peints de motifs divers, Scylla, griffons affrontés, les bandeaux latéraux de rinceaux horizontaux encadrant une tête humaine. À l’époque des guerres puniques, les Carthaginois se faisaient souvent incinérer; leurs restes étaient alors déposés dans des coffrets en calcaire, tandis qu’une stèle creusée d’une niche abritant un portrait fort schématique du défunt ou une statue grossière se dressait au-dessus de la tombe.

2. Carthage romaine

La reconstruction de la ville

En 123, le tribun Caius Gracchus fait voter la création à Carthage d’une colonie romaine. Le projet, violemment combattu par les oligarques, avorte aussitôt. Il est repris par Jules César, mais celui-ci ne put le réaliser avant son assassinat. C’est seulement en 44 avant J.-C. que les triumvirs, exécutant les volontés du dictateur, installent une colonie qui occupe non l’emplacement de l’ancienne ville punique, mais la zone située au nord-ouest, autour du village arabe de La Malga. Après des vicissitudes résultant des guerres civiles, Octave renforce cette colonie par un nouveau contingent de trois mille familles en 29 avant J.-C. Il fait alors recouvrir le sol maudit en 146 par une cadastration régulière dans laquelle s’inscrivent maisons et édifices publics; le centre de cette cadastration se trouve sur l’actuelle colline de Byrsa, au chevet de la cathédrale; elle a la forme d’un carré de 1 400 mètres de côté, avec un angle battu du côté nord-ouest correspondant à l’emplacement de la colonie césarienne.

Cette colonie possédait un vaste territoire aux limites d’ailleurs mal connues. On sait qu’il comprenait des pagi ou cantons, situés dans l’ouest de la Tunisie actuelle, dans la région de Dougga, à 100 kilomètres de Carthage. Il est possible que cet immense domaine ait été d’un seul tenant: s’y inséraient des terres laissées aux cités indigènes, des latifundia appartenant à l’empereur et aux sénateurs romains et même le territoire d’autres colonies moins importantes. Théoriquement, le sol de Carthage restait propriété publique du peuple romain. Les traces de cette fiction juridique ne disparurent qu’avec Septime Sévère, qui conféra aux Carthaginois le jus italicum comportant pleine propriété de leurs terres.

Les institutions

Les institutions de la Colonia Julia Karthago étaient, comme celles de toutes les colonies romaines, calquées sur celles de la République romaine. L’assemblée des citoyens élit annuellement les magistrats, dont les principaux sont les duumvirs . Les magistrats et anciens magistrats forment le sénat municipal ou ordo . En outre, Carthage est la résidence du proconsul, gouverneur de la province d’Afrique, toujours pris parmi les sénateurs romains parvenus au sommet de la hiérarchie; il est assisté de légats. Le procureur gère les intérêts financiers de l’empereur; il est le second personnage de la province. L’un et l’autre sont assistés d’un nombreux personnel administratif, les officiales , en majorité esclaves ou affranchis, dont on a retrouvé les tombeaux. Carthage est également le siège du conseil provincial, composé de délégués de toutes les cités africaines, qui choisit chaque année le prêtre du culte impérial. Très vite, les descendants des colons italiens se fondent avec les Africains qui accèdent de plus en plus nombreux au droit de cité romain. S’y ajoutent en assez grand nombre des immigrés venus de l’intérieur de l’Afrique et de toutes les régions de l’Empire. Le chiffre de la population est impossible à apprécier exactement. Les Anciens nous disent seulement que Carthage était la deuxième agglomération de l’Occident après Rome, et qu’elle ne le cédait guère aux principales villes d’Orient. Or Rome a compté au moins 500 000 habitants et probablement un million; Alexandrie et Antioche en avaient plusieurs centaines de milliers. Le chiffre de 300 000 Carthaginois peut être considéré comme raisonnable.

Les édifices publics et privés de la Carthage augustéenne ont été presque tous détruits lors de reconstructions massives, dont les plus importantes se situent dans la seconde moitié du IIe siècle et au IVe. Très rares sont les murs en opus reticulatum , les mosaïques simples qui peuvent remonter au début de l’ère chrétienne. Même les sculptures datables sont en très grande majorité d’époque antonine ou sévérienne. Font exception: l’autel de la gens Augusta, dédié vers la fin du règne d’Auguste, et un relief représentant Mars Ultor et Vénus Genitrix (musée d’Alger).

Une histoire mouvementée

L’histoire de Carthage aux deux premiers siècles est fort paisible. En 70, dans la guerre civile qui suit la chute de Néron, le proconsul Pison tente de se faire proclamer empereur, mais son complot échoue. Sous le règne de Commode et le proconsulat de Pertinax (180 apr. J.-C.), les prophètes qui hantent le temple de Caelestis et qu’on appelle les «chiens de la déesse» provoquent de l’agitation, probablement pour protester contre la romanisation du culte. Le premier événement politique vraiment grave survient en 238; le proconsul Gordien ayant été proclamé empereur par les Thysdritains, Carthage, ainsi que l’Assemblée des villes de Proconsulaire, prend fait et cause pour lui, contre Maximin le Thrace. La légion IIIe Augusta, commandée par Capellien, fidèle à Maximin, bat les milices des cités et ravage la ville. Cette dévastation est toutefois moins grave que celle qui résulte en 311 de l’usurpation de Domitius Alexander. L’Afrique est alors dans l’obédience de Maxence, en même temps que l’Italie. Le vicaire d’Afrique se fait proclamer empereur; il semble appuyé par des éléments sécessionnistes, ou du moins désireux de supprimer l’exportation du blé d’Afrique en direction de Rome. Les docks du port où ce blé était entreposé sont détruits. Maxence envoie une expédition punitive qui anéantit en grande partie la ville. Mais, peu de temps après, il est vaincu et tué par Constantin. Carthage est somptueusement rebâtie.

Les ruines de la Carthage impériale

Les thermes

Les vestiges les plus impressionnants de la Carthage impériale sont ceux des thermes d’Antonin, construits sur l’ordre de cet empereur, entre 145 et 162, au nord de la ville, le long du rivage. Leurs dimensions colossales (près de 300 m de long), la somptuosité de leur décor les classent parmi les plus remarquables des thermes impériaux. Un axe perpendiculaire à la mer sépare l’édifice en deux parties symétriques. On entrait par les faces latérales. Les bains se trouvaient à l’étage. Ils s’ordonnaient autour d’une immense salle centrale, aux voûtes soutenues par douze colonnes jumelées de granit gris, couronnées de chapiteaux corinthiens en marbre blanc, de plus de douze mètres de hauteur, et à laquelle on accédait en traversant vestibules et palestres. Les piscines froides sont à l’est; un portique ouvert sur le golfe les borde; les bains chauds, à l’ouest, comprennent un caldarium de plan rectangulaire fermé par deux absides semi-circulaires et situé entre deux salles polygonales. On ne voit plus aujourd’hui que le rez-de-chaussée des thermes et le sol des piscines: au centre et à l’est, les salles à pilastres, arasées ou ayant conservé leurs voûtes qui soutenaient les palestres et la salle centrale; à l’ouest, les salles polygonales à double voûte circulaire portée par un pilier central et des piliers rayonnants, séparées par des magasins voûtés qui portaient les bains chauds. Ces pièces étaient encombrées de blocs provenant des voûtes de l’étage (l’un d’eux est recouvert d’une mosaïque à cubes de verre polychrome), d’éléments de sols pavés de mosaïque noire et blanche (encadrant des tableaux polychromes), de fûts de colonnes de porphyre ou de marbre de Chemtou vert et rose, de chapiteaux historiés (chapiteau aux anguipèdes, à la tête de Caelestis, à la chouette), de débris de statues (dont les portraits des empereurs Antonin le Pieux et Caracalla, des impératrices Livie et Faustine, et deux hermès ou statues piliers représentant l’une un Berbère, l’autre un Nègre). Une vaste esplanade entoure les thermes sur les trois côtés terrestres; elle est bordée de salles de réunion richement décorées de stucs, de fontaines, de statues (on y a exhumé un magnifique portrait de Constance II), de latrines semi-circulaires. Le forum devait se trouver près des thermes, au sud, à l’emplacement de l’ancien palais beylical.

Le port

Du port et des docks, il ne reste qu’une faible partie des murs de fondation: mur courbe soutenant des magasins encerclant le port rond du Kram, voûtes et piliers portant des magasins alignés le long du bassin rectangulaire de Salammbô, édifiés au-dessus du champ de stèles du tophet. Il se peut que l’ancien Cothôn punique, situé au nord de cet ensemble, ait conservé sa fonction de rade militaire, car on y a trouvé des restes de quais et de dallage datant du IVe siècle après J.-C.

Les théâtres et le cirque

La cavea du Théâtre était creusée dans les flancs de la colline qui porte ce nom et qui domine la ville au nord-ouest: c’est là qu’Apulée prononça Les Florides . L’Odéon ou théâtre couvert fut édifié sous les Sévères, au sommet de cette colline. L’hémicycle des gradins était tourné vers le nord et reposait sur un dispositif de couloirs semi-circulaires, voûtés et étagés en amphithéâtre, qui servaient à la circulation des spectateurs. L’édifice était orné de colonnes corinthiennes en marbre de Chemtou vert et rose, et de statues. Le cirque et l’amphithéâtre se dressaient au sud-ouest de la ville. Aujourd’hui, on distingue à peine l’emplacement de la piste et de la spina du cirque. L’amphithéâtre aussi a été rasé, mais Edrisi, voyageur arabe du XIIe siècle, le décrit ceint de cinquante arcades, surmontées de plusieurs rangs d’arcades similaires, ornées de reliefs représentant des hommes, des animaux et des navires. Les carceres fermées par des herses occupaient le sous-sol du podium. À l’origine, Carthage était alimentée en eau par des réservoirs voûtés, dans lesquels s’installa le village arabe de La Malga, et par les citernes des maisons privées. Puis il fallut construire un aqueduc amenant l’eau du massif du Zaghouan pour approvisionner les thermes d’Antonin.

Les habitations

Les riches demeures s’étageaient sur les pentes des collines, bien aérées. La mieux conservée se dresse sur la colline du Théâtre, face à la mer. Le rez-de-chaussée est occupé par des boutiques; au premier, les pièces de réception et le laraire, tapissés de marbre blanc, pavés de mosaïques, s’ouvrent sur une enfilade de jardins et de portiques, agrémentés de bassins. Une magnifique mosaïque figurant une volière où des oiseaux s’ébattent dans le feuillage couvrait le péristyle du viridarium ; elle a donné son nom à cette maison. Des bains chauds et des magasins se cachent dans la partie amont. Mais, en général, seules les mosaïques de sol des habitations ont été conservées: celles de La Chasse , du Couronnement d’Ariadne , de l’Aurige Scorpianus , du Seigneur Julius , du Paon , des Saisons ... L’une de ces demeures est venue au jour lorsqu’on a creusé les fondations du lycée de Sainte-Monique. La pièce principale est divisée en trois parties. Un tableau de mosaïque, situé au centre, porte le portrait d’un personnage vu de face, en buste, coiffé d’un diadème, vêtu d’une tunique recouverte d’un manteau de pourpre et tenant un sceptre; la tête est auréolée d’un nimbe; cette composition ressemble aux personnifications d’idées philosophiques, Sagesse, Magnanimité, Force ou autres, à la mode en Orient aux environs de 400 après J.-C. Le reste du sol est couvert d’un semis de roses.

Certains monuments ont servi de siège à des associations religieuses ou civiles. L’un d’eux, situé le long de la route d’Amilcar, abritait une secte mystique de douze membres, vénérant Sylvain, dieu berbère assimilé à Jupiter Hammon. Pourchassés par les chrétiens après la paix de l’Église, ces dévots païens entassèrent dans un caveau leur matériel cultuel, dont une statue de Déméter et une de Vénus, et en célèrent l’accès par une mosaïque. Au pied de la colline de Junon, du côté nord, se tenait le «club» de la faction du cirque des Bleus, comprenant une vaste salle à colonnes de plan basilical, une cour à péristyle pavée de mosaïques représentant une chasse aux fauves, une frise d’enfants chasseurs, exécutées par l’équipe qui travailla à Piazza Armerina, et une immense salle où les dalles de marbre polychrome alternent avec quatre-vingt-six tableaux de mosaïque, qui représentent des chevaux de course dont les noms sont indiqués par des rébus. Enfin, à l’ouest des thermes d’Antonin se trouvait la schola des augustales vouée au culte impérial. Une cour centrale, fermée par une abside, creusée d’un bassin au centre et bordée de colonnes sur ses côtés les plus longs, donnait accès à l’ouest à des bureaux et à l’est à une salle de réception trifoliée. Le pavement d’une des absides représente des putti accrochant des guirlandes à la coupole d’un kiosque flanqué, aux deux ailes, d’une colonnade fermée par un rideau où devait se dérouler une cérémonie du culte impérial. Dans le quartier des Ports, un palais fastueux s’élevait au-dessus de l’area du tophet punique. Il n’en reste que des fragments de fresques figurant un thiase marin et des panneaux de mosaïques ornant les sols qui représentent des Saisons nimbées et ailées, datant de la première moitié du IVe siècle. La banlieue nord de Carthage, l’ancienne Megara, était couverte de villas et de jardins.

Les sanctuaires

Aucun des grands sanctuaires de la Carthage romaine n’a été retrouvé. Un petit metroon a cependant été reconnu sur le flanc ouest de la colline de Byrsa; une statue de Cérès, couronnée d’épis, une inscription mentionnant une confrérie de prêtres de Cérès (sacerdotes cereales ) ainsi que de nombreux fragments architecturaux décorés de raisins et d’épis ont été exhumés sur le plateau de Bordj Djedid, là où devait s’élever le temple de la déesse; de même, au tophet de Salammbô, on a retrouvé des vestiges de la modeste chapelle dédiée à Saturne, un buste du dieu, une mosaïque consacrée au «Seigneur» par Erucius et des cippes. Enfin, un bloc pesant plusieurs tonnes, portant l’inscription Iussu Domini Aescu (lapi ), découvert sur la colline du Théâtre, indique sans doute l’emplacement du temple de ce dieu, qui succéda à celui d’Eshmoun.

3. L’apport des fouilles depuis 1973

Carthage est la seule grande ville antique du monde méditerranéen dont la connaissance a été profondément renouvelée. De 1973 à 1989, la grande campagne internationale de Carthage patronnée par l’U.N.E.S.C.O. a fait participer des dizaines de missions venant de nombreux pays à l’étude des vestiges carthaginois à travers toutes les périodes.

La ville punique

Grâce aux fouilles, la ville punique, jusque-là mystérieuse, est réapparue, et son évolution est mieux connue. Malgré de grandes lacunes, les lignes générales de l’histoire de l’antique cité peuvent être esquissées. Surtout parce que la plus marquante, la dernière phase qui précède la destruction de 146 avant J.-C., a été mise au jour. Un quartier a été découvert, dégagé et restauré sur le flanc sud de l’acropole de Byrsa. Ce quartier, miraculeusement préservé, doit sa survivance aux énormes travaux entrepris par le constructeur romain: pour établir une immense plate-forme sur la colline, on a écrêté le sommet et comblé les versants sous d’énormes quantités de remblais maintenus à mi-pente par des murs de soutènement. Ce sont ces remblais qui ont enfoui et préservé les vestiges.

C’est un quartier d’habitation édifié à flanc de colline selon un plan régulier, suivant une orientation nord-est - sud-ouest; chaque îlot rectangulaire (30 m 憐 15 m environ), entouré par de larges rues orthogonales, s’étage par paliers successifs suivant la pente et comprend plusieurs habitations de plan allongé comportant différentes variantes: donnant sur la façade, une grande salle longée d’un couloir d’accès conduit vers une courette centrale à ciel ouvert et débouche au fond sur un ensemble de petites pièces. Au sous-sol de chaque unité, une citerne très profonde était approvisionnée par les eaux de pluie provenant des terrasses. Le sol est pavé d’un tuileau de poterie concassée parsemé de petits cubes de marbre blanc. Les murs sont couverts d’un stuc blanc, parfois peint. Nul doute que cette architecture comportait plusieurs étages.

Ce lotissement a été daté de la fin du IIIe siècle – début du IIe siècle, c’est-à-dire de la seconde guerre punique. Après sa défaite à Zama en 203, Hannibal, devenu suffète de sa patrie, aurait été le promoteur de cet ensemble qui révèle une organisation urbanistique et architecturale remarquable.

Ce quartier aura la vie courte, puisque, en 146, il sera détruit par les soldats de Scipion, puis enfoui sous les remblais des terrassements de la ville romaine. Ce sont les fouilles récentes menées par l’équipe française dans le cadre de la campagne internationale qui le remettront au jour.

Un autre secteur essentiel de Carthage a fait l’objet de travaux de fouilles et de recherches: ce sont les ports puniques. L’identification des anciens ports de Carthage avec les deux lagunes actuelles n’était pas assurée et certains la contestaient. L’équipe britannique a pu, malgré l’état fangeux actuel des lagunes, les remaniements opérés à l’époque romaine et l’abandon ultérieur, reconstituer l’état et l’aspect des prestigieux ports de Carthage et plus particulièrement le port militaire circulaire. L’archéologie a confirmé la description qu’en avait faite Polybe, reprise par Appien: «Les ports de Carthage étaient disposés de telle sorte que les navires passaient de l’un dans l’autre; de la mer, on pénétrait par une entrée large de 70 pieds [20,72 m] qui se fermait avec des chaînes de fer. Le premier port, réservé aux marchands, était pourvu d’amarres nombreuses et variées. Au milieu du port intérieur était une île. L’île et le port étaient bordés de grands quais. Tout le long de ces quais, il y avait des loges, faites pour contenir 220 vaisseaux, et, au-dessus des loges, des magasins pour les agrès.» On sait par les fouilles britanniques que cet état date de la dernière période de Carthage et qu’il ne peut être antérieur au IVe siècle avant J.-C.

Autre révélation des fouilles internationales: la découverte des niveaux et des vestiges du Ve siècle, c’est-à-dire de la période d’expansion de Carthage, sous les Magonides (fouilles allemandes). Sur la plaine littorale qui s’étend au pied de la colline de Byrsa, à l’abri d’une puissante muraille garnie de tours, fut construit alors un nouveau quartier d’habitation selon un plan régulier; il était desservi par une voie de communication aboutissant à une porte maritime défendue par des bastions. Au IIe siècle, certaines demeures furent agrandies aux dépens d’autres: ordonnées autour d’une cour à colonnade, les ailes de la maison comportaient désormais au moins deux niveaux. L’architecture en était soignée: stucs peints aux murs, sols en mosaïques; puits et citernes assuraient l’approvisionnement en eau. L’incendie de 146 détruisit ce quartier. Lorsque les Romains reconstruisirent la ville, ils reprirent le même schéma d’orientation urbanistique. Un sondage stratigraphique profond opéré sur l’axe du Decumanus Maximus dans la plaine littorale, au pied de la colline de Byrsa, a permis d’obtenir une séquence chronologique des différentes occupations urbaines de la ville.

Au plus profond du sondage, à 8 mètres au-dessous du niveau actuel, on a distingué plusieurs couches de sol en terre battue, datées à partir de la première moitié du VIIIe siècle grâce à des fragments de céramique d’importation grecque, phénicienne, chypriote et ibérique, ainsi que de la céramique locale.

Au-dessous des couches archaïques était édifié un grand temple que l’on a pu identifier grâce aux éléments architecturaux retrouvés. Une grande quantité de sceaux sigillés qui fermaient les rouleaux de papyrus permet d’affirmer l’existence d’archives qui ont brûlé.

Le temple serait consacré à Baal Hamon Jeune, assimilé au dieu égyptien Horus Harpocrate, dans lequel les Romains reconnaissaient Apollon.

Après la destruction de la ville punique, une grande basilique civile aurait été élevée, et l’on sait par les textes anciens qu’un tel monument donnait sur le forum de la ville basse, qui aurait succédé à l’agora punique.

Un autre témoignage important de la Carthage punique est le «tophet», sanctuaire de Tanit et de Baal Hamon. On sait par diverses sources antiques que les Carthaginois pratiquaient des sacrifices de jeunes enfants en l’honneur de divinités tutélaires de la ville. C’est par hasard que ce lieu consacré a été découvert, en 1920, à proximité du port marchand. Plusieurs milliers de stèles votives surmontant des urnes qui contenaient les restes des sacrifiés ont été recueillies par les fouilleurs. Comme elles se sont superposées au cours du temps, on a pris l’habitude de les répartir en trois grandes périodes: la plus ancienne, au niveau le plus bas, allant de 715 à 600, puis la deuxième de 600 à 300, enfin la dernière de 350 à 146. C’est là qu’a été découvert le dépôt le plus ancien recueilli à Carthage: constitué de céramiques d’importation chypriote et orientale, il remonte à 725 avant J.-C. La découverte du tophet démontre la persistance des sacrifices humains durant toute l’époque punique, même si l’on y substitua parfois des animaux. La fouille menée par une équipe américaine dans un secteur du tophet a confirmé les observations faites auparavant.

Sur la pente méridionale de Byrsa, on a découvert une nécropole très ancienne remontant à la fin du VIIIe et au début du VIIe siècle. Ce sont les poteries importées constituant le mobilier funéraire qui permettent de dater les tombes: en particulier les «kotyles», gobelets à boire à paroi très fine et décorée, produits à Corinthe et diffusés sur le pourtour de la Méditerranée.

De fait, c’est paradoxalement par les nécropoles que la Carthage punique a survécu et a été redécouverte: dès la fin du XIXe siècle, les fouilles de Gauckler et surtout celles de Delattre ont révélé la multitude des tombes, caveaux et fosses étalés sur les versants des collines de Borj Jédid et de l’Odéon ainsi qu’à Byrsa. Ces tombeaux ont fourni une quantité innombrable d’objets hétéroclites ayant constitué le mobilier funéraire: en dehors des stèles et des sarcophages, ce sont des milliers de vases en terre cuite, de lampes, accompagnés d’amulettes, de bijoux parmi lesquels figurent des pièces d’importation que l’on peut dater. Les fouilles de Delattre, qui se sont étendues sur plusieurs années, ont rempli le musée de Carthage, sans que toutes les précautions scientifiques aient été prises. Le mérite d’Hélène Bénichou-Safar est d’avoir repris l’ensemble de la question et d’en avoir présenté une étude complète: la carte qu’elle a établie permet de se faire une idée de l’extension et de la chronologie de la ville des morts.

Sans être exhaustives, les fouilles et les recherches effectuées depuis 1973 ont beaucoup contribué à faire connaître l’histoire de Carthage: la mise au jour des vestiges architecturaux, l’accumulation des niveaux d’occupation ou de destruction qui se sont succédé sur le site permettent d’en ébaucher une histoire archéologique à partir de l’époque archaïque, même lorsque ces niveaux se ramènent à quelques horizons entassés ou à quelques indices de murs évanescents. Leur datation est d’un apport considérable. La pratique du terrain révèle aussi la fragilité de la construction punique constituée de grands blocs superposés encadrant des assises régulières de moellons, sans liant autre que la terre ou la glaise; ces murs se délitent facilement une fois abandonnés. De même, l’analyse de certains documents jusque-là négligés a permis de saisir ou de percevoir des phénomènes économiques nouveaux: en particulier la céramique d’importation grecque dont la présence fréquente dans les endroits fouillés révèle des échanges commerciaux assez soutenus, même durant les périodes d’hostilités.

La capitale de l’Afrique proconsulaire

À l’époque romaine, Carthage est la capitale de l’Afrique proconsulaire. La nouvelle ville s’élève sur le même emplacement que la métropole punique, au-dessus des vestiges détruits un siècle auparavant. D’emblée, le pouvoir impérial la voudra majestueuse. Le plan cadastral ayant pour centre la colline de Byrsa en est la preuve: le croisement du Decumanus Maximus avec le Kardo Maximus détermine un réseau de rues et d’avenues secondaires enserrant des îlots rectangulaires couvrant l’ensemble de la cité. C’est à l’intérieur de ces insulae , ou îlots, que prendront place les monuments publics et privés. Seuls les noyaux en béton des structures ou des voûtes ont subsisté pour les grands monuments. Des maisons, ce sont en général les citernes indestructibles et les pavements de mosaïques inutilisables qui ont survécu. Des grands temples et de leurs annexes, de même que des basiliques immenses, rien apparemment n’a subsisté! Leurs structures architecturales spécifiques ainsi que la qualité de leur matériau sont responsables de leur quasi-disparition: colonnes, corniches et charpentes de pierre, de marbre et de bois ont été bien évidemment exploitées et récupérées avec profit. Ainsi, l’emplacement du forum de Carthage est resté ignoré jusqu’aux fouilles récentes: le décor architectonique, les murs en grand appareil et les grosses dalles de pavement ont totalement disparu. On sait aujourd’hui que le cœur de la cité s’élevait au sommet de la colline de Byrsa: vaste programme de construction commencé sous Auguste, agrandi par Antonin le Pieux en 155-156 et achevé par Marc Aurèle, ce qui fit de cette réalisation l’une des plus grandioses de l’empire. Il suffit d’évoquer la grandeur de la basilique judiciaire, longue de 84 mètres, large de 44 mètres, qui fermait du côté est l’esplanade du forum (elle n’offre plus aujourd’hui qu’un vaste terre-plein dans le jardin du musée).

En bas, sur la côte, dans l’îlot situé au milieu du bassin du port circulaire, une autre place, circulaire, elle aussi entourée d’un double portique, l’un tourné à l’intérieur, l’autre tourné à l’extérieur sur les quais, était le centre portuaire. On date l’aménagement de cette place et des portiques, ainsi que le réaménagement du bassin, du règne de l’empereur Commode qui avait créé la Classis Commodiana en 186, confirmant ainsi le rôle éminent du port de Carthage.

Ce sont là les deux principaux apports de la Campagne internationale de fouilles de Carthage pour la période romaine. Une autre découverte a trait à la période tardive.

Les envahisseurs successifs

Cadastrée, Carthage fut pendant longtemps une ville ouverte à la fois sur la mer par son port et sur son arrière-pays par les nombreuses routes qui y convergeaient.

Ce n’est qu’au début du Ve siècle que, sentant venir le danger barbare, elle se prémunit contre l’arrivée des envahisseurs en construisant à la hâte une muraille précédée d’un fossé qui fait le tour de l’agglomération.

Cette enceinte n’empêchera pas l’entrée des Vandales et leur installation dans la ville. De même qu’elle n’empêchera pas leur expulsion un siècle plus tard lors de la reconquête byzantine, ni la prise de la ville par les Arabes et son démantèlement en 698. Une muraille vaut ce que valent les hommes qui la défendent: celle de Carthage a donc disparu, démantelée pièce par pièce par le pillage et l’exploitation de ses matériaux, mais les archéologues ont retrouvé certaines traces de ses fondations: H. Hurst dans un grand sondage au sud de Salambô, Carandini et Wells le long de l’escarpement qui limite le quartier de l’Odéon.

Après un bref essor, marqué par la volonté de Byzance de conforter sa province reconquise, Carthage ne tarde pas à entrer en décadence. Délaissée par le pouvoir central préoccupé par sa propre survie, abandonnée progressivement par sa population dont l’aristocratie émigre, Carthage, affaiblie et dépeuplée, va être prise en 698 par le conquérant arabe Hassan Ibn Nôoman qui l’abandonnera au profit de Tunis. Désormais, l’antique Carthage va servir de carrière pour la nouvelle capitale de cette province de l’empire arabo-musulman naissant.

Perspectives d’avenir

Le développement économique introduit par le protectorat français et l’accroissement démographique qui s’ensuivit avaient déclenché l’expansion urbaine. C’est alors que cette zone de Carthage, jusque-là périphérique, se rapprocha de la nouvelle capitale, Tunis, et entra dans sa zone d’attraction. Le cardinal Lavigerie avait pris possession de toutes les hauteurs du site pour y édifier des monuments et des centres religieux. Visionnaire, il avait projeté de refonder la nouvelle capitale catholique du récent protectorat à l’emplacement de l’antique métropole africaine, punique, romaine et chrétienne. L’érection d’une immense cathédrale ainsi que d’un grand séminaire au sommet de Byrsa, haut lieu et centre géométrique de la presqu’île, devait être le cœur de cette résurrection. L’histoire en décida autrement. La nouvelle ville de Tunis s’étant établie au voisinage de la médina, le site de Carthage fut épargné. Mais la progression urbanistique constante de Tunis tout au long de ce siècle a fini par atteindre Carthage: elle n’est plus aujourd’hui qu’une des dix-neuf communes satellites d’une vaste banlieue et soumise à l’attraction et à la loi de Tunis. La confrontation entre la poussée urbaine et l’archéologie n’a donc pas été de tout repos. C’est au prix de nombreux faits accomplis et de dures concessions à la construction que l’on a pu constituer une zone archéologique non aedificandi : cette réserve doit constituer le futur parc archéologique de Carthage. Le site de Carthage figure depuis 1979 sur la liste du Patrimoine mondial établie par l’U.N.E.S.C.O. Après avoir fait l’objet d’une grande campagne internationale, il est désormais protégé de façon draconienne par la loi de classement nationale du 7 octobre 1985.

4. Carthage chrétienne

Pour cerner la Carthage chrétienne, on se heurte d’abord à un problème chronologique puis à un problème topographique. Il faudrait aussi délimiter le domaine des schismes; principalement celui du donatisme et celui des hérésies, plus particulièrement aux Ve et VIe siècles celui de l’arianisme.

Problème chronologique

On sait que le christianisme n’apparaît pas en Afrique avant la fin du IIe siècle. Soudain, en 180, sont condamnées à Carthage douze personnes originaires d’une petite ville encore inconnue: ce sont les martyrs scillitains. L’histoire de la Carthage chrétienne commence donc pour nous lors de la persécution de Commode. À ce moment, seuls les textes permettent de l’appréhender. Les lettres et les livres des Pères de l’Église: Tertullien, saint Cyprien, les canons des premiers conciles, les actes des martyrs et les calendriers martyrologiques décrivent les difficultés d’existence, les peines et les joies de ces premiers chrétiens. La passion des saintes Perpétue et Félicité en 203, victimes de la persécution de Septime Sévère, les actes proconsulaires du martyre de saint Cyprien, évêque de Carthage en 258 sous Valérien, révèlent le courage de ces premiers martyrs. L’archéologie n’offre pas de possibilités de vérifier sur le terrain la présence de la communauté.

Les premiers cimetières chrétiens évidents sont du IVe siècle. Ceux qui étaient envahis au début du IIIe siècle par les païens aux cris de areae non sint étaient connus des contemporains, mais ne devaient pas se différencier des cimetières païens.

Les monuments du culte ne fleurissent qu’à la fin du IVe et au début du Ve siècle après la reconnaissance de l’Église par l’empereur en 313 et la mise hors la loi des autres formes de culte en 392 par Théodose. Antérieurement, les chrétiens ne se distinguent pas dans la vie du peuple de Carthage car ils célébraient leur culte dans des maisons privées appartenant à des chrétiens aisés.

L’organisation de ce premier christianisme carthaginois s’est réalisée grâce à l’impulsion de Rome, mais il prit naissance dans les milieux juifs des ports et du commerce. Nous savons maintenant par les fouilles de la Campagne internationale réalisées à Carthage de 1972 à 1985 que la fin du IIe siècle est bien le moment du développement de la grande urbanisation de Carthage; dès cette époque, le christianisme acquiert une existence qui, bien qu’encore invisible dans son emprise monumentale, n’en est pas moins réelle.

Problème topographique

Les fouilles internationales et les dernières recherches ont apporté une connaissance approfondie de la Carthage chrétienne. Dans les textes anciens, vingt-trois références à des basiliques ont été recensées. Le nombre des basiliques cypriennes pose problème (mensa, memoria et/ou lieu de déposition). Les autres basiliques évoquées sont: Basilica ad majores ou majorum , Basilica novarum , basilique de Faustus, Basilica Restituta , Basilica Honoriana , basilique de la deuxième région, Basilica Theoprepia , Basilica Celerinae vel Scillitanorum , Basilica Sancti Petri de la troisième région, Basilica Gratiani , Basilica Theodosiana , basilique des Tertullianistes, basilique de Saint-Agilée, basilique de Sainte-Prime, basilique de Saint-Julien (avec son martyrium ), basilique de Saint-Paul de la sixième région, basilique près de l’agora , basilique de la Theotokos, qui est sans doute la même que celle qui est consacrée à sainte Marie par les Ariens. On peut y ajouter la basilique installée par l’évêque Aurelius dans l’ancien temple de Caelestis et la basilique des Tricilles. Par contre, la localisation à Carthage de la basilique de Thrasamund est incertaine. Dans les thermes de Gargilius s’était tenue la conférence de 411, qui mit fin officiellement au schisme donatiste.

Les recherches ont permis de supposer avec vraisemblance la coïncidence de la basilique dite de Célerine et de celle des Scillitains, et on pense que la basilique cathédrale a de fortes chances d’être un des édifices religieux découverts près des ports entre les cardines IX et X est; on espère trouver d’autres équivalences.

Deux baptistères et trois monastères étaient signalés par les textes: celui de Saint-Étienne qui était un couvent de femmes, celui de Bigua (couvent d’hommes) et le Mandracium, monastère fortifié de l’époque byzantine. Ces trois ensembles ont été repérés sur le terrain. De plus, un grand bâtiment conventuel jouxtait la basilique de Damous el Karita. Les baptistères découverts sont, eux, plus nombreux: deux l’ont été à l’extérieur de la ville – l’un à Damous el Karita, l’autre à Bir Ftouha – et quatre à l’intérieur des murs de la ville – à Sayda, à Dermech I et deux dans la plaine basse anciennement appelée Carthagenna. Cela indique bien qu’il ne faut pas lier baptistère et cathédrale.

Carthage peut présenter plusieurs baptistères appartenant aux différents schismes et hérésies, et il faudrait distinguer pour chaque monument l’époque de sa construction; ce qui n’a pas toujours été fait lors des fouilles de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. De plus, il y avait à Carthage, depuis la fin du IVe siècle au moins, une division de la ville en régions ecclésiastiques, active surtout à la période byzantine. Six sont actuellement connues, l’hypothèse de sept régions a été faite en considérant que l’imitation de l’organisation romaine ne pouvait être que strictement fidèle.

Ces divisions par régions servaient de base pour la gestion financière des biens de l’Église et l’organisation des services de charité et de bienfaisance envers les plus pauvres des fidèles: veuves, orphelins, vieillards et voyageurs. Chaque région devait avoir son église et peut-être son baptistère; il semble que l’on puisse aussi envisager un lien organique entre les églises régionales intra muros et les églises cimetériales avec leurs areae extra muros .

Les fouilles anciennes qui ont débuté à la fin du XIXe siècle et la Campagne de fouilles internationale (1972-1985) ont révélé sur le terrain les empreintes de la Carthage chrétienne où vécurent l’évêque Aurélius et son ami Augustin, évêque d’Hippone de 396 à 430.

La ville basse

Nous énumérerons brièvement les découvertes faites dans la ville basse, dans la ville haute puis dans les faubourgs. Presque symétriques au decumanus II sud, deux ensembles. Le plus méridional a été entièrement mis au jour, l’état du IVe siècle présente une salle rectangulaire à trois nefs. À l’époque byzantine, une grande basilique à cinq nefs était flanquée au sud-ouest d’un imposant baptistère. Au nord, seul le baptistère a été jusqu’ici exhumé.

La basilique dite de Dermech III située sur l’esplanade à l’ouest des thermes d’Antonin a été fouillée en 1953.

Une basilique fouillée en 1899 a été dès ce moment rayée du paysage en raison sans doute de son état de délabrement. Elle pourrait être identifiée comme la basilique de Célerine ou des Scillitains. Elle aurait été reconstruite à la période byzantine de l’autre côté de la rue, ce serait celle que l’on nomme basilique de Dermech I, basilique à cinq nefs avec un baptistère à cuve hexagonale, une chapelle et des locaux annexes. Au sud-est de celle-ci, la basilique de Dermech II à trois nefs a été identifiée.

En montant la pente de la colline de Borj Jedid, de part et d’autre de la route moderne menant de La Goulette à Sidi bou Saïd, à l’est, la propriété identifiée comme le monastère de Saint-Étienne a disparu sous les villas modernes et l’élargissement de la route; à l’ouest, la villa de Tellus, transformée au Ve siècle en maison communautaire dite monastère de Bigua.

Sur la colline de Sayda, deux chapelles funéraires d’époque byzantine, celle d’Astérius et celle de l’arcarius Redemptus, font sans doute partie d’un ensemble religieux implanté en ce lieu bien avant, puisque un baptistère souterrain semble pouvoir être daté du Ve siècle et qu’il devait être relié à des salles en surface qui ont complètement disparu lors de la construction du lycée de Carthage.

La ville haute

Sur Byrsa, une basilique byzantine avec annexes fortifiées s’est implantée sur l’espace préalablement occupé par la basilique judiciaire du IIe siècle. Une chapelle souterraine est connue sur le flanc sud-est de Byrsa.

Une chapelle a aussi été repérée sur le flanc sud-est de la colline de Junon.

Sur la colline de l’Odéon, une basilique non encore fouillée est contiguë à un monument circulaire, à deux couronnes dodécagonales concentriques, sans doute un martyrium , encore non identifié.

Les faubourgs

À Bir el Knissia, «le puits de l’église», une église cimetériale à trois nefs a été fouillée en 1883 et en 1922, puis de nouveau en 1990. Sa situation près des ports pourrait la faire identifier comme la basilique de Saint-Agilée.

À Bir Ftouha, une basilique et un baptistère semblent correspondre à l’ensemble martyrologique bâti sur le lieu du martyre de saint Cyprien.

La basilique à sept nefs située au lieu-dit Mcidfa a été identifiée comme la Basilica majorum , lieu de sépulture des saintes Perpétue et Félicité et de leurs compagnons.

La basilique à sept nefs dite de Saint-Cyprien au lieu-dit anciennement «les Larmes de sainte Monique» serait l’église de la memoria du martyr-évêque de Carthage, mort en 258.

La grande basilique à onze nefs de Damous el Karita, avec baptistère et ensemble conventuel, rotonde souterraine entourée de seize colonnes de granit surmontées de protomées de béliers et d’aigles, accolée à un autre édifice cultuel, pourrait correspondre à la Basilica Fausti , une des plus vastes basiliques de Carthage extra-muros, où l’évêque Deogratias vers les années 454 accueillit les réfugiés de Rome et tous les malheureux déplacés par la fureur arienne.

L’adéquation des basiliques connues par les textes et de celles qui ont été mises au jour a été rarement possible. Mais les recherches ont été fructueuses, apportant parfois des certitudes ou confirmant des hypothèses.

Le hasard de trouvailles fortuites peut aussi apporter de nouvelles informations.

Le schisme donatiste, qui est né d’une différence de comportement en face des persécuteurs, perturbe la vie de l’Église de 312 à 411, date de sa condamnation officielle, mais sur le terrain rien n’a encore permis de le remarquer.

La reconnaissance des basiliques strictement ariennes devrait pouvoir se faire par la datation des monuments. À l’époque vandale, en effet, les Vandales ariens ont fermé la plupart des centres religieux catholiques qui sont demeurés désaffectés ou furent détruits. En 454, la basilique de Faustus et celle des novarum sont rouvertes. En 475, Genséric autorise la réouverture des églises du fait de la paix avec l’empereur byzantin Zénon; elles sont refermées en 477 par Hunéric. En 484, Gunthamund fait cesser la persécution et autorise la réouverture de la basilique de Saint-Agilée. Les églises rouvertes en 491 furent fermées en 497 par Thrasamund. Le roi Hildéric fit rouvrir les églises qui ne connurent plus qu’une période sombre: celle du règne de Gélimer (530-533) qui déclencha la conquête byzantine.

La disparition de la Carthage chrétienne ne s’est pas accomplie subitement. Les fouilles rendent perceptible le désintérêt du pouvoir central de Constantinople pour cette ville. Dès le milieu du VIIe siècle, la ville s’est rétrécie, resserrée sur son centre; la plupart des édifices religieux étaient alors en ruine. En 698, lors de la conquête de Carthage par les musulmans, le délabrement de la cité est définitif, mais nous savons que jusqu’en 1073 un évêque est présent à Carthage, dans les ruines de laquelle de simples maraîchers continuaient à vivre.

Carthage
(en phénicien Qart Hadasht, "ville neuve") v. de Tunisie, aux environs de Tunis; 7 150 hab.
Prélature cathol.; cath. (1890) de style byzantino-mauresque.
Site de la v. anc. du m. nom. Nombreuses ruines de l'époque romaine (amphithéâtre, odéon, thermes, aqueduc, nécropole du IIe s., etc.).
Journées cinématographiques de Carthage: festival annuel du cinéma africain créé en 1966.
Fondée v. 814-813 av. J.-C. par des Phéniciens de Tyr, conduits, selon la légende, par leur reine Didon, Carthage fut une grande puissance commerciale et maritime, gouvernée par une oligarchie financière et marchande; elle lutta, surtout contre Rome, pour l'hégémonie en Méditerranée occid. (possession de la Sicile); ce furent les guerres puniques (264-146 av. J.-C.). Malgré Hannibal, elle fut vaincue, puis détruite totalement par Scipion émilien, à l'issue de la troisième guerre punique (146 av. J.-C.). Colonie romaine, d'abord rebâtie en 122 av. J.-C. (Colonia Junonia) puis par César, en 44 av. J.-C. (Colonia Julia), elle s'ouvrit à la pénétration du christianisme et redevint prospère. Ravagée en 439 par les Vandales, annexée à l'Empire byzantin par Bélisaire (534), elle connut son déclin définitif après la conquête arabe de 698.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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